Restauration physique de la Bourbre

DE QUOI PARLE-T-ON ?

La qualité d’un cours d’eau considéré en tant que milieu naturel s’évalue selon plusieurs critères :

- les plus connus sont la qualité physico-chimique de l’eau et la richesse des populations animales et végétales qu’on y retrouve.

- la qualité physique d’une rivière est une autre composante de sa qualité globale. Elle repose sur les rapports qui existent entre les différents compartiments de la rivière (le fond du lit, les berges, les milieux annexes du « lit majeur ») et les matériaux qui y évoluent (l’eau et les sédiments). Cette combinaison constitue un système dynamique complexe qui influence la qualité du milieu au sens large. Concrètement, les pressions qui s’exercent sur ce système vont déterminer la capacité du milieu naturel à former des habitats susceptibles d’accueillir une faune et une flore diversifiées et donc à agir positivement sur les autres critères de qualité du cours d’eau. Cette approche, relativement nouvelle, est favorisée par les politiques institutionnelles de l’eau au travers des documents généraux (Directive Cadre européenne sur l’Eau, Grenelle de l’environnement, Schéma Directeur d’Aménagement et de Gestion de l’Eau) afin d’inciter les décideurs publics à agir localement pour atteindre bon état des rivières.

 

agence 

Animation réalisée par l'Agence de l'Eau Seine-Normandie sur les principes de bon fonctionnement d'une rivière (lien vers l'animation)

 

Les deux thématiques qui sont traitées dans un programme de restauration physique d’un cours d’eau sont l’hydromorphologie et la continuité écologique.

  • L’hydromorphologie s’intéresse à l’équilibre dynamique hydrologique et sédimentaire d’un cours d’eau. Cet équilibre est à l’origine de la forme du lit mineur et de l’évolution de celle-ci dans l’espace de mobilité naturel de la rivière, lui-même inclus dans son lit majeur. Or, le bon état d’une rivière, au sens large, repose non seulement sur la qualité de l’eau, que l’on peut en partie assurer par la maîtrise des pollutions, mais également à cet équilibre dynamique. En effet, toute espèce vivante ne peut se maintenir dans un milieu qu’en y trouvant les conditions favorables à son installation, à sa nutrition et à sa reproduction. Cette condition est apportée par la formation d’habitats biologiques diversifiés dans le milieu.

Ainsi, cette relation « écoulement des eaux - transport de sédiments - formes du lit » est déterminante pour l’installation d’une flore et d’une faune diversifiés et pour favoriser la capacité de la rivière à s’« auto-épurer », ce qui, finalement, conditionne la qualité biologique et physico-chimique du milieu.

Travailler sur l’hydromorphologie d’une rivière nécessite la prise en compte d’un grand nombre de données, telles que la nature géologique des sols et sous-sols, l’état d’aménagement des berges, la présence d’affluents, la végétation en place, la topographie du site, la relation nappe/rivière, etc. Après avoir caractérisé l’hydromorphologie de la rivière, il est finalement possible d’apprécier sa qualité physique au travers de nombreux critères comme son tracé en plan, ses connections latérales, l’état de sa végétation en berge, ses « profils » d’écoulement, les successions de secteurs qui produisent et déposent des sédiments, etc.

La difficulté d’intégrer cette dimension de la rivière dans les politiques de gestion vient du fait qu’il est nécessaire, pour cela, d’accepter qu’à l’état naturel, la forme et le débit d’un cours d’eau varient dans le temps et dans l’espace, réagissant aux situations climatiques et à la géologie rencontrée. Le cours d’eau enfle, déborde, se rétrécit, sinue et se déplace pour dissiper un trop plein d’énergie. Le gestionnaire doit considérer la rivière comme un système en auto-régulation permanente, ce qui est incompatible avec une approche historique souvent basée sur la maîtrise totale et constante de son comportement.

  • La continuité écologique d’un cours d’eau se traduit par la capacité des éléments mobiles du milieu à se déplacer pour assurer les étapes de son cycle de vie (faune) ou maintenir l’équilibre hydromorphologique (sédiments) sans être contraint par un obstacle, qu’il soit naturel ou artificiel. La multiplication de ce type de contraintes dans le lit des rivières contribue au phénomène de segmentation du milieu, cause majeure de la perte de biodiversité aquatique.

En France, le réseau hydrographique très dense a contribué à systématiser l’usage de la ressource en eau vive, pour l’irrigation ou l’énergie hydraulique. On compte aujourd’hui près de 60 000 ouvrages* tels que des barrages, écluses, seuils, moulins qui contribuent a une fragmentation sévère des milieux aquatiques. Pour beaucoup de rivières, il s’agit d’un facteur de dégradation de sa qualité physique qui favorise le risque de non atteinte du bon état.

Ce constat est d’autant plus préoccupant que les derniers recensements concluent à l’inutilité d’une partie importante de ces ouvrages. La tendance des politiques de gestion de l’eau est donc actuellement à la restauration de la continuité écologique des cours d’eau par la suppression, l’aménagement ou l’équipement des ouvrages problématiques.

* données 2011 – ROE (Référentiel des Obstacles à l'Ecoulement des cours d'eau)


Au travers de ces deux approches, il s’agit donc de dépasser la simple considération de la qualité de l’eau et d’intégrer la rivière dans une démarche d’aménagement du territoire avec les multiples composantes qui s’y rattachent. Ainsi, un projet de restauration physique d’un cours d’eau est une opération technique, économique, sociale, culturelle et politique, pour laquelle une perspective à long terme est nécessaire, de même que l’implication de nombreux acteurs du territoire.

 

POURQUOI UN TEL PROGRAMME SUR LA BOURBRE ?

La Directive Cadre sur l’Eau du 23 octobre 2000 acte le principe selon lequel il est urgent d’atteindre ou de maintenir une qualité globale suffisante des rivières de notre territoire pour qu’elles assurent leurs fonctions. Le “Grenelle de l’environnement” a confirmer cette urgence en fixant un objectif ambitieux de bon état des rivières.

Ces deux dernières décennies, les politiques publiques sur le bassin versant de la Bourbre ont dirigé principalement leurs actions vers la réduction des sources de pollution des masses d’eau. Il s’avère qu’aujourd’hui, malgré des résultats probants, cette seule approche est insuffisante pour atteindre les objectifs. Pour compléter cet important travail mené depuis de nombreuses années sur la Bourbre, il est aujourd’hui indispensable de se pencher sur le potentiel d’amélioration de la qualité physique de la rivière.

D’une façon générale, l’étude des caractéristiques physiques des cours d’eau et de leur évolution est à présent incontournable dans une politique publique de gestion de l’eau.

Le SMABB a donc saisi l’opportunité de mettre en place un contrat de rivière en 2010 pour développer un programme d’actions ambitieux qui vise à traiter quelques-unes des altérations de la qualité physique des cours d’eau identifiées sur le bassin versant.

Dans cette optique, le syndicat a fait réaliser une étude globale sur la géomorphologie de la Bourbre et ses principaux affluents (Hien, Agny, Bion et Catelan). Les conclusions de cette étude, achevée en juillet 2011, ont permis la rédaction de neuf fiches-action sur la thématique de la restauration de la qualité physique des cours d'eau. Celles-ci ont été intégrées dans le programme du contrat de rivière.

Un document de synthèse de l'étude géomorphologique de la Bourbre et ses affluents est téléchargeable via le lien ci-dessous :

Document de synthèse

 

 

Syndicat Mixte d’Aménagement du Bassin de la Bourbre
6 place Albert Thévenon - 38110 La Tour-du-Pin
Tél : 04 74 83 34 55
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